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Des besoins
Par sagebooker dans Accueil le 21 Décembre 2011 à 18:53Des constats aux besoins
Lire auparavant « Des constats » pour savoir de quoi je parle, lorsque je signale que certains besoins n’étaient pas comblés
A) Côté élève
1) Du temps pour chacun
Les élèves en grande difficulté ont droit à une part importante de mon temps. Par conséquent, les élèves moins en difficulté en ont moins. Or tous les élèves de nos classes sont en difficulté et ont besoin d’aide.
2) Des explications et des aides personnalisées
Les élèves sont tous en difficulté, mais pas tous sur les mêmes points ; il faut donc reprendre (ou même carrément enseigner pour la première fois) de nombreuses choses à seulement quelques élèves (parfois 1 seul).
[Ce qui va bien sûr avec le point 1]
Pour l’élève qui ne sait pas lire du tout, on réussit souvent à faire un programme personnalisé, pour les autres, on s’adresse grosso modo au milieu de la meute…
3) Du temps de lecture pour tous
Avec 4 h de français seulement au programme en 5e et 3e et 5 h en 4e, il faut réussir à dégager ce temps… mais il est nécessaire. Une lecture suivie ordinaire occupe environ 1h, 1h30 dans la semaine : pendant laquelle chaque élève ne lit que 15 minutes environ (parfois un peu plus).
4) Des besoins d’aides très spécifiques
Les élèves ont souvent achoppé sur des détails qui paraissent évidents pour tout autre élève. Ils ont donc besoin qu’on les aide sur ces points précis souvent négligés le reste du temps. Exemples : comment lit-on un livre ? Est-ce grave de ne lire que les images ? Doit-on tout lire dans le livre (même le topo sur l’imprimeur)… etc.
5) Ecrire
Coder pour décoder : plus on écrit, mieux on déchiffre et on lit ! Mais encore faut-il pour cela écrire plus souvent !
6) Prendre confiance pour progresser plus.
Bien sûr sur les 4 ans en Segpa, la plus grande partie des élèves progressent. Mais les études montrent qu’ils peuvent progresser plus. Et mes évaluations montrent qu’il y a des stagnations très souvent dans certains domaines. Pourquoi ne pas poser comme un fait que les élèves vont progresser, et que leur besoin est donc de se projeter dans ses progrès… ce qui demande une autre façon de voir et de se voir.
B) Côté professeur
1) Je cours partout lors des séances de lecture et d’écriture.
En lecture : j’ai trois ou quatre lectures suivies sur le feu, à gérer en même temps car les élèves qui ont le même niveau en lecture (ou presque) n’ont pas le même niveau forcément en grammaire et orthographe, donc on ne peut avoir toujours les mêmes groupes afin de gérer un seul groupe en lecture à la fois : la lecture est donc au même moment pour tout le monde. Et donc, je suis sans arrêt interrompue malgré mes explications sur ces plages spéciales en début d’année, par des élèves qui ont fini, ou qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire…
En écriture : les élèves sont difficiles à « débloquer », et il me faut donc courir d’un groupe à un autre, d’un élève à un autre
2) Mes préparations ont besoin d’être plus précises et plus adaptées encore, en devenant moins chronophages.
En vérité, dans certaines classes, il faudrait trois ou quatre lectures suivies avec deux questionnaires au moins différents par lecture pour répondre aux différentes difficultés et aux besoins spécifiques de chacun : pas le temps de préparer tout ça.
J’ai 3 classes différentes en français, cette année, cela représente donc 41 élèves en français (et je ne compte pas les 3 Ulis qui sont là sur deux heures seulement)et selon les programmes et les projets menés : environ 4 livres entiers dans l’année par classe x 3 ou 4 groupes de besoins en lecture (dont 3 ou 4 lectures à la fois) x 3 classes, c’est-à-dire entre 30 et 40 lectures suivies environ à préparer presque tous les ans (même si parfois une partie d’un travail antérieur est réadaptable). Pas le temps donc car il faut ajouter les préps dans les autres domaines du français, et les autres matières qui me sont attribuées (cette année, je découvre qu’on m’a collé une nouvelle matière en plus !!).Inutile de dire que j’ai besoin donc de temps ! (point 1 et 2)
Et que j’ai besoin de sentir ce que je prépare plus adapté et plus proche encore des besoins des élèves !
3) En parlant de précision, j’ai besoin également de pouvoir travailler chaque domaine avec les élèves, pas seulement celui où ils sont plus précisément en difficulté.
En très global : je travaille souvent le besoin le plus pressant, en parant au plus urgent. Exemple ? Le déchiffrage avec les élèves quasi non-lecteurs, la compréhension globale avec ceux qui déchiffrent mieux, et la fluence avec d’autres, et enfin avec les meilleurs lecteurs, la compréhension fine, les inférences, et des textes plus difficiles…
4) Offrir du ludique et du confortable à tous mes élèves, de l’efficacité.
Je sais créer des jeux adaptés à chaque difficulté, et trouver des plages pour les élèves qui en ont besoin, mais à l’arrivée je m’adresse souvent aux mêmes… je sais adapter mes documents, et créer tous les documents dont j’ai besoin, mais à l’arrivée, je ne sais pas les employer dans une organisation efficace.
5) Connaitre mes élèves et leurs progrès plus précisément
Mes évaluations diagnostiques semblent relativement correctes : j’observe beaucoup, et je pointe beaucoup de choses en début d’année. Mais cela se gâte ensuite, faute de temps, et faute d’attention suffisante aux petits progrès (pourtant tellement importants), faute d’évaluation assez fine et personnalisée.
6) Je veux pouvoir continuer à réfléchir à la pédagogie, et aux didactiques des différentes disciplines enseignées… mais mes activités de classes mangent mon temps de réflexion
7) J’ai le gros défaut, souligné lors de mes stages en formation, et de mon évaluation par le conseiller péda avant ma première inspection, de beaucoup beaucoup parler : trop !! Malgré des effots (et quelques progrès), j’ai tellement peur que tout ne soit pas assez clair, ou de trop lâcher prise parfois au niveau gestion de la discipline que j’abreuve les élèves de conseils, et de consignes. Et trop de paroles, c’est une surcharge cognitive de plus pour les élèves. Sans compter le côté « soulant ».
Il me faut donc une organisation qui soit assez claire et précise, assez détaillée auprès des élèves, et qui mène à un entrainement assez concret pour que les élèves d’eux-mêmes sachent ce qu’ils doivent faire ET où je veux en venir.C) Côté institution
1) Répondre aux demandes institutionnelles devient de plus en plus lourd et difficile : il nous faut compléter un livret de compétences toujours d’actualité, des projets d’élèves obligatoires, et fournir aussi tout ce qu’il faut pour pointer les compétences du niveau 2 voire 3 du socle commun atteintes par les élèves, le B2I, etc. etc. bref, comme tous les enseignants désormais, c’est une usine à gaz qui prend sur le temps de prép’ et surtout sur le temps de réflexion au final, et c’est bien dommage.
J’ai besoin donc de mieux répondre à ces attentes, plus vite, donc de répondre aux besoins profs et élèves déjà détaillés
2) Apprendre à lire
C’est la base. Et finalement, on y passe trop peu de temps. Je sais que je ne peux pas forcément apprendre à lire à un élève qui n’a jamais réussi en 7 ou 8 ans d’école, mais il devrait pouvoir progresser, et prendre confiance. C’est également ce qu’on nous demande. Mais pas ce qui est forcément possible tout le temps.
3) S’insérer dans la vie professionnelle
Notre but est de préparer nos élèves à une certification de niveau IV (à savoir le CAP qui n’existe quasiment plus que pour nos élèves d’ailleurs).
Laquelle requiert un minimum d’acquis. Lesquels ne sont possibles qu’en partant avec une base solide dans les fondamentaux, sinon un vrai bagage.
D) Côté pratique et espace de vie
1) Du gâchis
Outre le temps (perdu ?) à préparer autant de lectures que d’élèves ou presque, il y a un véritable gâchis de photocopies, d’impression. Entre les présents/absents (où malgré une gestion pointue des feuilles pour les absents, il y a toujours des manques) plus fréquents qu’en ordinaire, les élèves qui perdent les feuilles, les élèves qui les abiment, le professeur qui préparer pour une dizaine de groupes différents en photocopiant parfois deux trois feuilles de trop par groupe parce qu’il ne sait plus combien chaque groupe représente d’élèves, etc. on se retrouve avec beaucoup de photocopies en trop qui rejoignent certes le tas de feuilles de brouillon, mais qui représente quand même une ou deux ramettes par an !
J’ajoute à ça qu’au fur et à mesure de ma réflexion pour m’adapter aux élèves pendant l’année, je change mon fusil d’épaule souvent, et si j’ai eu l’idée de prendre de l’avance dans mes photocopies, ben me voilà à nouveau avec un paquet pour rien !
L’organisation doit donc être assez rationnelle pour que les élèves disposent de nombreux écrits mais pas en trop, et pas pour rien. L’organisation doit être assez fonctionnelle pour que ma clé USB suffise à transporter les éléments principaux.
2) Des paroles en l’air, parce que l’organisation n’est pas assez claire pour les élèves
Les choses n’étant pas assez explicites, on attend que les élèves obéissent parce que ce serait le rôle qui leur est dévolu, qu’ils travaillent parce que c’est leur métier d’élève de travailler, de faire ce qu’on leur demande, et de se taire (oui oui, je caricature, ou presque…)
Mais, tous les élèves ne s’adaptent pas ainsi à un tel fonctionnement, sinon ils n’auraient pas eu trop de peine à suivre non plus en primaire. Et la problématique ajoute à des comportements parfois peu adaptés. Lire (oui encore !!!) l’observation de Goigoux dans les classes de Segpa : le temps passé à jouer l’éducateur est autant de temps qu’on pourrait sauver pour la lecture (là c’est ma conclusion à moi).
De quel besoin précis s’agit-il ? D’opérer clairement tout changement, et de ritualiser beaucoup plus pour gagner en autonomie des élèves, donc en fluidité dans la mise en place.
3) Du plaisir
Avec des élèves en difficulté, on tente toujours de passer par du ludique, du plaisant, de l’amusant même… mais il n’en reste pas moins que la grammaire, l’orthographe et cie ne sont que rarement parties de plaisir, surtout à cet âge (j’avoue que je connais de loin un ou deux grammairiens patentés qui se sont éclatés à l’université avec cette discipline, mais au collège, j’étais loin d’être dans ce cas également !).
La lecture n’est un plaisir que pour six de mes élèves sur les 41, un vrai challenge !
Ecrire ne l’est pour aucun d’entre eux, sinon une élève qui écrirait des kilomètres si elle pouvait, mais sans forcément répondre aux consignes ou même y mettre du sens (serait-elle graphoholic ?).
Même les activités plus ludiques ne suffisent pas à adhérer complètement à un projet de lecture. On cherche toujours LE livre à lire avec nos élèves qui soit à leur portée (en difficulté), leur plaise (thème), corresponde au programme au moins un peu et soit assez riche pour y adjoindre des activités décrochées, ou faire de la compréhension un peu poussée…
C’est prendre le problème à l’envers… on devrait pouvoir présenter n’importe quel livre, et, même sans adorer le contenu, chacun puisse prendre un (malin) plaisir à le découvrir quand même et s’y appuyer pour progresser.
Le besoin sous-jacent est donc de donner assez de « billes » aux élèves : des concepts, des stratégies, des connaissances lexicales, et des moyens divers, pour qu’ils accèdent à un confort de lecture, qui leur apporte soit du plaisir, soit le détachement et le recul nécessaire pour être capable d’apprécier justement qu’ils n’apprécient pas le livre !
4) L’envie d’entrer en classe
La motivation n’est pas qu’intrinsèque. Relire Goigoux (je sais, j’insiste sur ce texte).
On peut décrire nos élèves comme « pas motivés », et ils le sont, forcément. Au mieux la plupart d’entre eux entrent sans rechigner en classe, et on est déjà bien contents souvent !! (au passage, comment serions-nous après 4 ou 5 ans d’échec, à l’âge de l’adolescence, avec des lacunes qu’on ne mesure même pas, et une estime de soi bien basse ?).
On pourra faire ce qu’on veut, on n’emmènera jamais tous les élèves de chaque classe avec soi, mais si déjà ils entraient tous dans la classe avec juste un questionnement sur ce qui va se passer, sur ce qu’ils vont découvrir aux murs, sur les possibilités offertes, ce serait un premier pas intéressant. Pour une partie d’entre eux, cela mènerait d’ailleurs à d’autres pas…
Il faudrait donc créer un espace classe différent, qui les déstabiliseraient un peu dans un premier temps (pas trop, si on les secoue, nos pauvres oisillons, on ne retrouvera pas tous les morceaux dans l’ordre), afin de casser certaines habitudes (je pose mon sac, je sors ma trousse, et je fais pour faire).
Voilà à peu près les besoins que j’ai cernés. Ils ne sont pas nouveaux pour la plupart, mais je tourne toujours autour, et quand on lit toute la littérature sur le sujet, on découvre que ces besoins sont effectivement reconnus, mais les solutions pas toujours adaptées à tous les symptômes…
Mon plus grand besoin donc ? Arrêter de faire « au mieux avec ce qu’on a » ;-)
A venir : des recherches !
Tags : recherches, pédagogie, besoin, différenciation, constats, élèves
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Commentaires
et bon courage : sur un remplacement en Segpa, (j'ai fait une année brigade après un changement de département), mon travail a été déplorable. J'avais pourtant 6 années de Segpa derrière moi, mais n'avoir pas eu les élèves en début d'année, puis ne pas savoir tous les 15 jours si je restais ou non, plus deux-trois autres petits trucs... c'était la tête dans le guidon, et au jour le jour. Vraiment pas terrible.
Je trouve déjà formidable que tu cherches, que tu réfléchisses à tout ça, etc. quand on sait l'énergie que ça demande d'être aux taquets avec ces élèves, et d'adapter !!! Chapeau !!
J'attendais cet article avec impatience et j'ai savouré du début à la fin. Je suis convaincue que tu trouveras une nouvelle structure assez rigide, mais pas trop qui te permettra de sentir que tu fais la différence.
Alors, chacun de tes petits pas, vous amèneront un peu plus loin.
J'ai encore hâte à ton prochain article!
Je crois que ce que tu dis ne concerne pas uniquement la segpa dans mon petit cp/ce1 (à 27) je retrouve les mêmes difficultés avec mes cinq niveaux de lecture même si je peux faire 9 h de français (dans lesquelles il faut caser tout le programme des deux niveaux). je pense aussi que c'est pour cela que l'on se retrouve chez zazou et alet en ce moment. Alors bon courage dans tes recherches et n'oublie pas de nous communiquer ce que tu aurais fait car cela nous intéresse.
C'est en cours ptitefab, mais j'ai profité de mon congé mater pour lancer la réflexion (avec le peu de neurones que la maternité laisse, surtout les premiers mois
), et je ne voudrais zapper aucune étape de mon propre raisonnement et cheminement, histoire d'aller jusqu'au bout pour une fois...Mes recherches durent depuis deux ans en fait. Depuis que je suis confrontée à ce problème de la lecture avec les élèves (j'ai fait essentiellement des maths avant en Segpa, pendant 7 ans), et que le besoin est pressant, urgent, et important de répondre à des difficultés énormes (selon les "normes" d'entrée en 6e, sur mes 41 élèves, je n'ai pas un seul bon lecteur...).
Donc, je suis surtout en train de synthétiser tout ça : les modèles qui m'ont intéressée, ceux qui m'ont inspirée, et ceux que je vais tenter de mettre en place...
Bonsoir Sage, j'ai beaucoup de plaisir à lire tes reflexions. Nous sommes nombreux je trouve à de plus en plus vouloir changer les choses. Et c'est très agréable.Merci!
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Moi, j'admire...
J'ai aterri en SEGPA cette année en remplacement d'une collègue en congé maternité. Le traval m'intéresse mais peu de temps, pas de formation et puis l'incertitude relative à la durée réelle du remplacement ont fait que je n'ai pas enseigné forcément de façon très efficace. Je n'ai pas assez proposé d'adaptations à chacun.
Mes réflexions rejoignent souvent les tiennes. Me manque les évalutions de départ car j'avais en septembre aucune vision de la section.
Merci beaucoup pour ton travail, très fourni, tellement fourni que je n'arrive pas à trouver les règles adapté du "UNO conjugaison".
Bon, sur ce, passe de bonnes fêtes (et les lecteurs aussi...)
Delph